Féminicides: Pas une de plus

118. C’est le nombre de femmes qui ont été assassinées au Canada l’année dernière. Pour mettre ce chiffre-là en perspective : à tous les trois jours, une femme ou une fille est assassinée au Canada. À tous les trois jours, des femmes et des filles sont tuées dans notre pays, pour la simple raison qu’elles sont des femmes*.

Dans presque chacun de ces cas, la violence conjugale est à l’origine du meurtre. Mais savez-vous ce qui est à l’origine de la violence conjugale? Un système patriarcal dans lequel existent et prospèrent des normes de genre rigides et des inégalités de genre. Un système oppressif créé PAR les hommes POUR les hommes dans lequel s’étendent la masculinité toxique, la culture du viol, l’absence de responsabilisation et les rapports de pouvoir inégaux et injustes.

Ce n’est pas tout. Au sein de ce système oppressif, les victimes de violence sont pointées du doigt, sont remises en question, sont stigmatisées et ne sont pas prises au sérieux. Réfléchissez à la façon dont les féminicides sont rapportés dans les médias populaires. « Crime passionnel », « drame familial ». Ces termes sont utilisés à outrance et ont pour effet de minimiser les féminicides et les violences conjugales. Ce n’est pas un crime passionnel, ce n’est pas une dispute – c’est un assassinat. Dans cette idée de « crime passionnel », il y a une complaisance envers les violences. Comme s’il suffisait de dire « je l’aimais à la folie » pour que cela rende excusable le meurtre.

J’ai envie qu’on encourage les médias, les politiciens et les individus en position de pouvoir à nommer les choses telles qu’elles sont. Des féminicides. Des violences fondées sur le genre. J’ai aussi envie qu’on réfléchisse aux structures sociales qui sous-tendent ces tragédies et aux conditions systémiques qui rendent certaines femmes plus à risque d’être victimes de violence, parce qu’elles sont à l’intersection de plusieurs systèmes d’oppression.

Les femmes handicapées sont deux fois plus à risque d’être victimes de violence que les femmes non handicapées. Les taux de violence conjugale chez les femmes vivant dans les territoires et les régions éloignées sont de 9 à 13 fois plus élevés que les taux rapportés dans les provinces. Les femmes trans et les travailleuses du sexe au Canada sont tuées à un rythme inquiétant. Surtout, on ne peut pas parler de violence contre les femmes et de féminicide sans parler des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. Encore aujourd’hui, au Canada, des milliers de femmes autochtones sont tuées dans l’indifférence quasi générale.

Il y a une dangereuse normalisation de la violence contre les femmes – particulièrement contre les femmes marginalisées – au sein de notre société. Trop souvent, c’est lorsqu’un féminicide survient que les décideurs politiques se mobilisent pour réagir à la situation, que le public se prononce sur la nécessité d’une peine d’incarcération sévère et que les médias tentent de brosser un portrait détaillé de la situation. Malheureusement, réagir après les faits ne protège pas les femmes. Envoyer l’agresseur en prison pour toujours ne ramène pas la victime à la vie. Les solutions mises en place actuellement comportent une lacune importante : on réagit toujours quand il est trop tard.

Pourtant, les solutions pour PRÉVENIR la violence contre les femmes sont documentées et connues. Un consensus existe quant aux causes profondes de la violence fondée sur le genre : les normes sociales figurent au premier rang. L’exclusion sociale, la pauvreté, les problèmes de consommation d’alcool ou de drogues, les expériences négatives vécues durant l’enfance, le manque de logements sûrs et l’absence de sécurité d’emploi sont également des facteurs pouvant contribuer à la violence.

Le gouvernement peut mettre en place des programmes ou des initiatives pour s’attaquer aux causes profondes de la violence de façon proactive, de façon à éviter que des féminicides soient commis. Changer les normes sociales discriminatoires et la misogynie qui alimentent les féminicides, ça passe par l’éducation des hommes. S’attaquer aux causes profondes de la violence, ça passe par des investissements sérieux dans les secteurs de l’éducation, des services aux familles, du logement, de la santé mentale et de l’emploi.

Nous devons exiger de nos décideurs politiques qu’ils priorisent la prévention. Chaque meurtre commis coûte jusqu’à 17 millions de dollars en frais de justice et de compensations victimaires. Si cet argent était investi intelligemment pour mettre en place des programmes éprouvés comme le Fourth R, qui enseigne les bases d’une relation positive, saine et égalitaire, ou comme le SASA, qui encourage des communautés à repenser et à résister aux normes sociales négatives, des vies seraient épargnées – des meurtres seraient évités.

Ensemble, combattons le patriarcat. Exigeons des solutions concrètes de la part des décideurs. Cessons de banaliser la misogynie et d’invisibiliser les violences envers TOUTES celles qui s’identifient comme femmes. Dénonçons les normes sociales discriminatoires et haineuses. Continuons de lutter, de se rassembler et d’unir nos voix pour dire une bonne fois pour toutes : FÉMINICIDE : PAS UNE DE PLUS.

Écrit par Audrey Monette 

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