La culture des diètes est raciste : L’intersection entre ethnie, classe sociale et taille corporelle

Article rédigé par notre collaboratrice Alexandra Dubuc, Dt.P, M.Sc.

Au cours des dernières semaines, le racisme systémique et les oppressions vécues par les personnes racisées ont dominé l’actualité partout dans le monde. Malgré qu’une attention particulière soit accordée à ces phénomènes en raison des événements récents il importe de rappeler que le racisme sous-tend nos structures et nos normes sociales depuis plusieurs siècles. En tant que diététiste-nutritionniste, je tenais à me prononcer sur les racines racistes de la culture des diètes et de la grossophobie.

Entre les années 1850 et 1900, l’industrialisation a mené à l’urbanisation, c’est-à-dire que plusieurs personnes ont migré vers les villes pour occuper des emplois émergents dans les usines et les bureaux. Parmi les millions de personnes qui tentaient de faire leur place sur le marché du travail, on comptait une large population immigrante. L’industrialisation a également mené à une augmentation de la production de nourriture, rendant donc celle-ci plus facilement accessible pour un plus grand nombre de personnes. Malgré que ce progrès puisse sembler positif, il a suscité une importante vague d’anxiété chez les Américain.e.s vis-à-vis de ces changements considérables, particulièrement en ce qui a trait à l’arrivée d’un grand nombre d’immigrant.e.s.

Les individus blancs appartenant à la classe moyenne émergente à l’époque étaient constamment à la recherche de nouvelles façons de renforcer et maintenir une position de domination par rapport à ces nouveaux immigrant.e.s et, par le fait même, la taille corporelle est devenue un point de comparaison décisif. Plus précisément, la classe moyenne, dans le but d’apaiser son anxiété, a introduit l’idée de la minceur en tant que symbole de statut social.

Au 19e siècle, de nouvelles théories en lien avec l’ethnie et l’évolution ont fait leur apparition, catégorisant les individus en fonction d’une hiérarchie raciale selon laquelle certains groupes seraient plus « civilisés » et « évolués » que d’autres. Les scientifiques responsables d’effectuer cette catégorisation étaient – sans surprise – des hommes blancs d’origine européenne (incluant Charles Darwin, le naturaliste derrière la théorie de l’évolution). Devinez quel groupe a été placé dans le haut de cette hiérarchie raciale? Les hommes blancs.

Malgré que la théorie de l’évolution ait joué un rôle important dans l’explication de la présence des humains sur la planète, elle a également été utilisée de façon profondément raciste pour justifier l’incessante domination des hommes anglo-européens par rapport aux autres cultures et aux autres genres. En d’autres termes, la théorie de l’évolution est devenue une façon « scientifique » de maintenir le statu quo. Les femmes blanches nord-européennes occupaient une position inférieure aux hommes dans l’échelle évolutionnaire, suivies des Sud-Européens (encore une fois, les hommes situés en haut des femmes). Ensuite, les personnes racisées provenant de pays considérés « semi-civilisés » ou « barbares » apparaissaient à l’avant-dernière position, devant les Africain.e.s et les personnes autochtones, qui étaient, quant à elles, étiqueté.e.s comme étant des « sauvages ».

Les scientifiques du 19e siècle, lors du développement de leur médiocre théorie évolutionnaire, ont documenté les traits physiques et les normes culturelles propres à diverses sociétés. Ils ont décidé qu’être gros constituait un indicateur de « sauvagerie » parce qu’ils l’ont observé plus fréquemment chez les personnes racisées. À l’inverse, la minceur apparaissait supposément plus souvent chez les personnes blanches (particulièrement les hommes). Plus précisément, les fondateurs de la théorie de l’évolution ont popularisé l’idée que la grosseur corporelle était directement liée au fait d’être noir. Au 19e siècle, cette idée était ancrée dans l’imaginaire collectif, tant en Europe qu’aux États-Unis. Les écrits scientifiques de cette époque mesuraient et documentaient de façon obsessive la corpulence des personnes provenant de sociétés considérées « primitives » et, de façon plus générale, des femmes. En effet, ils considéraient que les femmes, peu importe leur ethnie, étaient plus à risque d’être grosses, confirmant donc leur supposée infériorité évolutionnaire. Bref, cette croyance en une hiérarchie des groupes ethniques a contribué à la démonisation des corps gros dès le début des années 1800.

Aujourd’hui, la culture des diètes promeut l’idée que la raison pour laquelle les corps gros sont stigmatisés est reliée au fait qu’un poids plus élevé « causerait » des problèmes de santé. En réalité, les corps gros ont été identifiés comme « non-civilisés » et, par le fait même, non désirable longtemps avant que la communauté médicale commence à les étiqueter comme plus à risque de problèmes de santé au début du 20e siècle. Les croyances grossophobes ont précédé les arguments de santé. En fait, la stigmatisation des corps gros est directement ancrée dans des standards, des croyances et des théories foncièrement racistes.

Alexandra Dubuc, Dt.P, M.Sc.

Source: Harrison, C. (2019). Anti-Det: Why Obsessing Over What You Eat Is Bad For Your Health. New York: Little, Brown Spark.

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